La Ré?publique islamique d’Iran

 

par Morgan Lotz

 

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Troisième partie :

Les Guides de la Révolution et les Présidents de la République islamique d’Iran

 

Bien souvent dénoncée mais toujours incomprise par les pays occidentaux, la République islamique d’Iran ne demeure pas moins un régime curieux et intriguant. Intrigante, par son mariage entre l’idée de république et l’idée de théocratie, trop souvent incomprise par l’Occident qui a oublié la notion même de république telle que l’entendaient les Grecs. Curieuse, par son mode de fonctionnement qui éveille la curiosité de l’étudier pour mieux la concevoir et la comprendre.

Fruit d’une révolution qui surprit le monde par son caractère à la fois tiers-mondiste, socialiste et religieux, la République islamique d’Iran est le fruit d’une longue réflexion mêlant le droit constitutionnel, la théologie et la démocratie pour répondre à un régime monarchique autoritaire qui paraissait désuet pour la majorité des Iraniens.

 

Troisième partie : Les Guides de la Révolution et les Présidents de la République islamique d’Iran

 

  1. Les Guides de la Révolution

  • Rouhollâh Moussavi Khomeyni (1979-1989)

Dans ce paragraphe, nous ne nous attarderons seulement sur la biographie de Khomeyni après la Révolution islamique et jusqu’à sa mort en 1989. Nous avons vu dans la première partie l’histoire de la Révolution islamique en Iran, son déroulement, les modalités de la prise de pouvoir politique de Khomeyni, ainsi que l’avènement par référendum de la République islamique d’Iran.

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Une du Time Magazine paru le 7 janvier 1980.

L’ayatollâh Khomeyni approuve donc l’élection d’Abolhassan Bani Sadr à la présidence de la République d’Iran le 4 février 1980. Sa figure devient peu à peu centrale, Khomeyni disposant d’une sorte d’aura qui aura fascinée bon nombre d’intellectuels occidentaux ; il reçoit même le titre d’« homme de l’année » 1979 par le Time Magazine, ce qui ne manquera pas de susciter certains mécontentements aux Etats-Unis, où l’affaire des otages est dans tous les esprits. En effet, depuis le 4 novembre 1979 sont retenus 53 Américains travaillant à l’ambassade américaine de Téhéran : des étudiants se réclamant les « Partisans de la ligne de l’Imâm » ont pris d’assaut l’ambassade afin de faire pression sur les Etats-Unis pour qu’ils extradent Reza Shah Pahlavi, hospitalisé à New-York depuis le 22 octobre. L’ayatollâh Khomeyni déclare le 23 février 1980 que l’issue de cette crise dépend de la volonté des Etats-Unis d’extrader le Shah déchu en Iran en vue de son procès. Le président américain Jimmy Carter rompt alors les relations diplomatiques avec l’Iran le 7 avril 1980 et impose les premières sanctions économiques. Il décide de plus de lancer l’opération commando Eagle Claw les 24 et 25 avril suivant, opération qui s’avèrera un échec désastreux pour l’armée américaine avec le crash de plusieurs hélicoptères dans les environs de Tabas. Les otages seront finalement libérés le 20 janvier 1981, après 444 jours de crise diplomatique.

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Portrait officiel du président américain Jimmy Carter en 1977.

Khomeiny doit également faire face à partir du 22 septembre 1980 à l’invasion irakienne et à la guerre conséquemment imposée. Saddam Hussein, dirigeant la République d’Irak, souhaite occuper les zones pétrolifères iraniennes, principalement situées dans la région du Khouzestan. Ce dernier voit également d’un mauvais œil la promotion que fait Khomeyni de sa révolution et son encouragement à un militantisme shî’ite pour la propager. La guerre entre l’Iran et l’Irak va alors durer huit années, jusqu’au cessez-le-feu signé en 1988. Les Etats-Unis soutiennent l’Irak en lui fournissant des armes et une technologie militaire destinées à anéantir l’Iran ; ce qui n’empêchera tout de même pas l’administration américaine de vendre des armes et du matériel militaire à l’Iran… Le cessez-le-feu entrera en vigueur le 20 août 1988, sonnant la fin d’une guerre qui aura fait 1,2 millions de morts. Il faudra attendre le 15 août 1990 pour que Saddam Hussein accepte de revenir aux accords d’Alger signés en 1975 et définissant la frontière avec l’Iran le long de la rivière Chatt-el-Arab. La guerre entre l’Iran et l’Irak a profondément meurtri le peuple iranien ; son histoire, ainsi que ses impacts psychologiques, demande une étude approfondie et détaillée pour bien comprendre le rôle et la conception du martyre pour les Iraniens.

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Le président irakien Saddam Hussein en 1980.

L’ayatollâh Khomeyni est hospitalisé à la fin du mois de mai 1989 par suite à d'hémorragies internes. Son état s’aggravant, il décède le 3 juin. Ses obsèques seront suivies par une foule dépassant le million de personnes venue l’accompagner jusqu’à son mausolée de Behesht-é Zahrâ, situé au sud de Téhéran.

 

  • Ali Husseini Khâmenei (1989 – en cours)

Ali Husseini Khâmenei naquit le 19 avril 1939 à Mashhad de l’union du shaykh Seyyed Djavâd Khâmenei avec son épouse Khadijeh Mirdâmâdi. Son père était un alim (c’est-à-dire un théologien, équivalent des oulémas dans le sunnisme) et un mudjtahid (un spécialiste pouvant prononcer une interprétation personnelle concernant une question de droit) très connu. Khâmenei appartient par son père à l’ethnie azérie et persane par sa mère, et descendrait du quatrième Imâm, Ali Zayn al-Abidin, par l’un de ses petits-fils. Deuxième enfant parmi huit, il suivra comme deux autres de ses frères des études au séminaire.

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L’ayatollah Ali Khamenei en 2017.

Ali Khâmenei débute très tôt sa carrière révolutionnaire après des études de théologie et de philosophie islamique. Il fut notamment l’un de élèves de l’ayatollah Khomeyni, dont il deviendra un ami et un confident. Son engagement lui vaudra une première arrestation en juin 1963 et une seconde en février 1964. Il est dès lors placé sous l’étroite surveillance de la Savak, la police secrète du Shah. A l’automne de cette même année, Khâmenei quitte Qom pour retourner à Masshad, d’où il poursuit ses activités de contestation à l’encontre de la monarchie : co-signature le 8 février 1965 d’une lettre adressée au gouvernement d’Amir Abbâs Hoveydâ afin de protester contre l’exil de Khomeyni, adhésion à la « Réunion des Onze », chargée d’organiser les activités révolutionnaires en son absence. Découverts en 1967, plusieurs membres seront arrêtés, dont Khâmenei qui écopera d’une peine de six mois de prison.

Khâmenei est arrêté et emprisonné une troisième fois le 3 avril 1967, alors qu’il se rendait aux funérailles de l’ayatollâh Shaykh Modjtaba Qazvini. Il est libéré le 1er juillet avec l’interdiction de quitter l’Iran. Il est arrêté une quatrième fois par la Savak le 24 septembre 1970 en raison de ses activités et de son soutien à l’ayatollâh Seyyed Mohammad Rezâ Sa'idi, principal défenseur de Khomeyni assassiné par la Savak le 10 juin 1970. Libéré peu après, Khâmenei est arrêté trois fois au cours de l’année 1971 : au mois d’août, suite aux mesures prises par la Savak contre le clergé qui soutenait Khomeyni dans sa désapprobation des célébrations du 2500ème anniversaire de la monarchie à Persépolis ; en novembre et en décembre pour « atteinte à la sécurité nationale », motif pour lequel il sera incarcéré trois mois.

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L’ayatollah Ali Khamenei pendant la Révolution.

Suite à sa participation à un discours interdit par la Savak, Ali Khâmenei est une nouvelle fois arrêté en janvier 1975 et emprisonné dans la prison « anti-sabotage » de Téhéran. Il déclarera plus tard que c’était pour lui la période la plus difficile en raison de l’interdiction signifiée à ses proches de rentrer en son contact et de leur ignorance de son lieu de réclusion. Libéré le 24 août 1975, il demeure sous la surveillance constante des services de sécurité avec l’interdiction de diriger une prière, de prêcher et d’enseigner. Pourtant, il publie secrètement La Pensée islamique dans le Qorân sous le pseudonyme de Seyyed Ali Husseini en mars 1976 et poursuit son entreprise révolutionnaire en dépit des risques encourus.

Il participe en juin 1977 aux funérailles de son ami Ali Shariati, assassiné par la Savak le 19 juin à Londres. Sociologue, philosophe et militant politique iranien, considéré comme l’un des idéologues artisans de la révolution mais toutefois critiqué par certains mollahs qui lui reprochent son laïcisme et son occidentalisme, Shariati fut proche de nombreux intellectuels occidentaux, tels Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir dont il fut un ami, Frantz Fanon avec qui il entretint une importante correspondance. Il a notamment traduit l’œuvre de Che Guevara en persan et suivit les cours de l’orientaliste Louis Massignon et de l’iranologue Gilbert Lazard.

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Ali Shariati, ami d’Ali Khamenei et célèbre intellectuel iranien.

Le 28 octobre 1977, Ali Khâmenei organise à Nadjaf la cérémonie de deuil de l’ayatollâh Seyyed Mostafa Khomeyni, qui n’est autre que le fils aîné de l’ayatollâh Khomeyni, assassiné le 23 octobre au cours d’une garde à vue dans des conditions qui restent encore floues de nos jours. Cette cérémonie lui vaudra un exil pour trois années à Irânshahr, dans le Sistân-Baloutchistân. Son retour à Mashhad est réclamé par de nombreux membres du Centre islamique au mois de juillet 1978 ; la Savak le transfère alors à Djiroft au mois d’août, dans la province de Kerman, beaucoup plus éloignée que le Baloutchistan.

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Mustafa Khomeyni

Après le triomphe de la Révolution et l’avènement de la République islamique d’Iran, Khomeyni nomme Khâmenei au poste d’imâm de la grande prière du vendredi à Téhéran au cours de l’automne 1979 – le poste était vacant depuis la démission de l’ayatollah Hossein Ali Montazeri. Ali Khâmenei va cependant être victime d’un attentat perpétré par l’Organisation des Moudjahiddines du Peuple Iranien (OMPI) le 27 juin 1981 : alors qu’il donne une conférence de presse à la mosquée d’Abouzar, à Téhéran, une bombe dissimulée dans un magnétophone explose ; grièvement blessé, il perd sa main droite.

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L’ayatollâh Ali Khamenei à l’hôpital suite à l’attentat manqué contre sa personne en juillet 1981.

Suite à l’attentat du 30 août au cours duquel le Président de la République islamique d’Iran Mohammad Ali Radjaï fut tué, les nouvelles élections présidentielles voient Ali Khâmenei lui succéder. Agé de 49 ans, il est le premier clerc élu à ce poste. De plus, en tant que disciple de Khomeyni, il demeure sur sa ligne politique, ce qui ne déplaît pas aux conservateurs.

L’ayatollâh Khomeiny désigne Ali Khâmenei comme son successeur à la fonction de Guide de la Révolution peu de temps avant sa mort, le 3 juin 1989. Initialement, l’ayatollâh Hossein Ali Montazeri devait lui succéder mais la contestation de ce dernier devant un régime qu’il juge éloigné de son objectif initial causera sa disgrâce. L’ayatollâh Khâmenei est élu Guide de la Révolution par l’Assemblée des Experts le 4 juin 1989, avec l’appui important de son président, Hâshemi Rafsandjâni. Khamenei est dès lors considéré par beaucoup comme un conservateur rigide et intransigeant des principes et des valeurs de la Révolution.

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Hassan Nasrallâh, secrétaire général du Hezbollâh.

Dès 1989, il s’impose en nommant par exemple Hassan Nasrallâh comme son représentant à Beyrouth, avant que ce dernier ne devienne secrétaire général du Hezbollah en 1992.

Khâmenei tente en 1995 de se faire nommer mardja-é taqlid, ce qui sera refusé par ses pairs, à l’instar des ayatollahs Montazeri et al-Shirâzi. Cet incident va profondément marquer le clergé shî’ite duodécimain, se divisant entre alignés au pouvoir iranien et clergé refusant la politisation systématique de la religion.

Durant la deuxième guerre du Golfe, en 1991, Khâmenei choisit de déclarer la neutralité de l’Iran, en autorisant toutefois l’aviation irakienne à atterrir sur le sol iranien et l’entrée sur son territoire des réfugiés irakiens.

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Ali Khamenei visite les soldats iraniens pendant en guerre imposée par l’Irak à l’Iran.

Ses positions conservatrices le pousse à s’opposer régulièrement à la politique sociétale et institutionnelle de Mohammad Khâtami, de même qu’il s’oppose quelquefois à Mahmoud Ahmadinejâd, qui est pourtant lui aussi conservateur – en témoigne son veto concernant le décret d’ouverture des stades aux femmes en 2006. Il soutiendra pourtant ce dernier lors de sa réélection contestée de 2009 et appellera la justice et la police, dont il est le responsable, à s’appuyer sur des preuves solides avant d’inculper des membres de l’opposition possiblement manipulés par des services étrangers.

Khâmenei s’est toujours présenté comme un admirateur des philosophes athées Bertrand Russell et Jean-Paul Sartre, qui avait d’ailleurs adhéré aux côtés de Simone de Beauvoir et Michel Foucault au comité de soutien de Khomeyni en invoquant les « droits de l’Homme ». Grand amateur de poésie et de littérature, il aime particulièrement l’Histoire et les grands classiques de la littérature mondiale, notamment de la littérature française dont il est un parfait connaisseur (Victor Hugo qu’il qualifie de « sage » et Honoré de Balzac figurent parmi ses préférences, de même que Roger Martin du Gard, dont le roman Les Thibault est un de ses préférés). Poète lui-même sous le pseudonyme d’Amin, il rencontre régulièrement des femmes et des hommes de lettres.

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Ali Khamenei à la Foire du livre de Téhéran en mai 2018.

Suite aux attentats survenus en France en janvier 2015, Ali Khâmenei s’adresse à la jeunesse occidentale une première fois en publiant une lettre ouverte intitulée Aux jeunes d’Europe et d’Amérique du Nord et une seconde fois le 29 novembre 2015 dans une seconde lettre ouverte.

 

  1. Les Présidents de la République islamique d’Iran

  • Abolhassan Bani Sadr (1980-1981)

Abolhassan Bani Sadr est né le 22 mars 1933 à Hamadân. Il poursuit ses études à Téhéran dans les années 1950, période durant laquelle le mouvement de nationalisation du pétrole connaît son apogée. Il est arrêté et emprisonné deux fois avant d’être exilé en France entre 1963 et 1979 en raison de sa direction des étudiants pro-Mossadegh à l’université téhéranaise. Il y étudiera la sociologie, l’économie et l’Islam, en prenant soin d’établir à partir de ses recherches l’équilibre entre les notions d’indépendance, de développement humain, de liberté et d’Islam ; son travail fondera la pensée directrice de la Révolution islamique.

Son exil ne l’empêche guère de poursuivre ses activités politiques en France avec d’autres exilés, contribuant notamment à la fondation du Comité Jean-Paul Sartre en faveur des prisonniers politiques en Iran.

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Abolhassan Bani Sadr en 1980, aux côtés de l’ayatollâh Mohammad Beheshti et devant l’ayatollâh Hâshemi Rafsandjâni.

Bani Sadr rencontre l’ayatollâh Khomeyni à Nadjaf, en Irak, en 1971, alors qu’il se rendait aux obsèques de son père. Il ne rentrera en Iran qu’en 1979, pour être élu à l’Assemblée des Experts en deuxième position afin de rédiger la première ébauche de la nouvelle constitution. D’abord nommé ministre des Finances, il est finalement nommé ministre provisoire des Affaires étrangères dans le but de résoudre la crise des otages américains, envers qui il manifestait son opposition.

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Abdolhassan Bani Sadr

Il est élu Président de la République islamique d’Iran le 25 janvier 1980 avec une majorité de 75 %. Pour information, le candidat religieux n’obtint que 4% des voix. Khomeyni préférait que le Président de la République ne soit pas un religieux, aussi a-t-il demandé aux ayatollâhs Rafsandjâni et Khâmenei de ne pas se présenter. Il prend officiellement ses fonctions le 4 février. En sa qualité de chef des armées, Bani Sadr sera constamment présent sur le front à partir du 22 septembre 1980, date du déclenchement de la guerre imposée par l’Irak. Cependant, son compromis avec le président américain Ronald Reagan ainsi qu’une crainte des religieux concernant la perspective de sa victoire militaire poussent certains dirigeants du Parti républicain islamique à fomenter à son encontre un coup d’Etat. Il est finalement destitué le 21 juin 1981 par un vote du Parlement. Il vit depuis à Versailles, en France.

 

  • Mohammad Ali Radjâï (1981)

Mohammad Ali Radjâï naît le 15 juin 1933 à Qazvin. Orphelin de père à quatre ans, il connaît une jeunesse modeste jusqu’à ce qu’il déménage à Téhéran, où il poursuit ses études à l’université Tarbiat Moallem. Il s’engage dans l’Armée de l’Air iranienne pour cinq années entre 1947 et 1952 avant de reprendre ses études secondaires. Arrêté par la Savak en 1974, il purge une peine de quatre années en prison. C’est après cette expérience qu’il devient un fervent défenseur de la Révolution islamique en s’affirmant comme l’un des meneurs de ce qui sera plus tard appelé la « révolution culturelle », un mouvement de purge des influences occidentales dans les universités iraniennes.

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Mohammad Ali Radjâï

Devenu ministre de l’Education de 1979 à 1980, il succède à Gholamhossein Shokouhi après avoir été son conseiller dans le gouvernement de Mehdi Bâzargân. Son programme consiste en une réforme des institutions éducatives destinée à développer l’accessibilité de l’éducation et augmenter le revenu du corps enseignant.

Il est ensuite nommé Premier ministre en août 1980 par Bani Sadr ; il occupe également les fonctions de ministre des Affaires étrangères à partir du 11 mars jusqu’àu 15 août 1981.

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Le Premier ministre Mohammad Djavâd Bahonâr, assassiné en même temps  que Mohammad Ali Rajâï.

Radjâï intègre le Conseil présidentiel lorsque celui-ci assure l’intérim après la destitution de Bani Sadr de ses fonctions présidentielles. Il est élu le 24 juillet à la Présidence de la République islamique et son mandat débute avec son assermentation prononcée le 2 août, mais il meurt assassiné le 30 août lors d’un attentat perpétré par l’OMPI, l’Organisation des Moudjahiddines du Peuple Iranien, attentat dans lequel trouveront la mort d’autres membres du gouvernement, dont le Premier ministre Mohammad Djavâd Bahonâr.

 

  • Ali Khâmenei (1981-1989)

Ali Khâmenei fut président de la République islamique d’Iran du 13 octobre 1981 au 3 août 1989. Il fut réélu le 13 octobre 1985. Sa biographie est déjà traitée dans le paragraphe consacré aux Guides de la Révolution.

 

  • Hâshemi Rafsandjâni (1989-1997)

Ali Akbar Hâchemi Rafsandjâni est né le 25 août 1934 à Bahreman, d’où son nom de naissance, Hâchemi Bahramani. Fils d’un agriculteur aisé, il suit durant une douzaine d’année la hawza à Qom, c’est-à-dire le séminaire shî’ite : il devient l’un des fidèles de l’ayatollâh Khomeyni, dont il fut l’élève pendant six ans. Peu enclin à suivre l’étude des commentaires du Qorân et des hadiths, Rafsandjâni parvint à mener une carrière de négociant dans l’immobilier à Qom et d’agitateur politique pour laquelle il sera arrêté quatre fois. Sa carrière de promoteur immobilier lui permet de réaliser d’importants profits de 1960 à 1976, avant de se tourner vers le commerce de la pistache, dont il devient l’un des grossistes les plus en vue. Il fut dès lors considéré comme l’homme le plus riche d’Iran ; sa fortune personnelle atteindra plusieurs milliards de dollars.

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Ali Akbar Hâchemi Rafsandjâni photographié en 2014.

Lorsqu’éclate la révolution et que la chute du Shâh devient imminente, Rafsandjani se présente comme le porte-parole des petits commerçants du bâzâr, qui le surnomment dès lors « Shâh Akbar » (littéralement « roi Akbar »). Il est ensuite élu au Madjles en 1980.

Rafsandjâni devient durant la guerre entre l’Iran et l’Irak le fondé de pouvoir de l’ayatollâh Khomeyni dans le Conseil de la guerre. Certaines critiques se font alors entendre pour lui reprocher une inutile prolongation des combats après la récupération des territoires iraniens envahis par l’Irak.

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Rafsandjâni en compagnie de l’ayatollâh Khomeyni et du Premier ministre Bâzargân en 1979.

Parallèlement, un subtil jeu de négociations secrètement menées, mêlant pressions terroristes et réseaux d’influences, se trame entre les gouvernements français et iraniens de mars 1983 à juin 1986. En témoigne par exemple l’attentat de Beyrouth survenu le 23 octobre 1983, dans lequel 58 parachutistes de l’armée française trouveront la mort dans le poste dit « Drakkar ». Le gouvernement français finit par céder en juin 1986 et livre 100 000 obus par l’intermédiaire de la société Luchaire.

L’ayatollâh Khomeyni le nomme Commandant en chef des armées iraniennes en mars 1988 ; il imposera le cessez-le-feu avec l’Irak en avril. Il propose son aide en août 1989 pour permettre la libération des otages occidentaux retenus au Liban : après avoir conversé par téléphone avec le président américain George H. W. Bush, il demande au Hezbollah de suspendre toutes les exécutions.

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Portrait officiel du président américain George H. W. Bush en 1989.

Rafsandjâni exerce une forte influence dans la désignation du successeur de Khomeyni lorsque meurt ce dernier en juin 1989. Ali Khâmenei lui succède comme Guide de la Révolution, tandis que Rafsandjâni est élu président de la République islamique d’Iran le 28 juillet 1989. Il entre en fonction le 3 août 1989, est réélu en 1993 et quitte la Présidence de la République le 4 août 1997. Scandant « On ne construit pas un barrage avec des slogans… L’Iran fait toujours venir son blé, sa viande, ses pièces de rechange, ses véhicules et ses experts de l’étranger ! », son programme réformateur prônant l’ouverture se heurte aux « irréductibles » menés par Mohtashemi.  Il est dès lors régulièrement en conflit avec le Madjles plutôt conservateur : il renverra certains de ses ministres, tels le ministre de la Culture Mohammad Khâtami en 1992 et le ministre de l’Economie Mohsen Nourbâkhsh en 1994. Il est également Président du Conseil de Discernement de l'Intérêt supérieur du Régime du 6 février 1989 jusqu’à sa mort en 2017.

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Le Guide de la Révolution Ali Khâmenei avec le Président de la République islamique d’Iran Hassan Rohani et le Président du Madjles Ali Laridjâni lors des obsèques de Rafsandjâni qui réuniront plus de deux millions d’Iraniens.

Rafsandjâni choisit de se représenter lors de l’élection présidentielle de juin 2005 : il est en tête du premier tour avec 21,1% des voix face au conservateur Mahmoud Ahmadinejâd qui obtint 19,4% des suffrages. Il est finalement battu au second tour en n’obtenant que 35,9% des voix. Le Guide de la Révolution Ali Khâmenei soutenant Ahmadinejâd, les relations entre lui et Rafsandjani se détériorent peu à peu. Il n’en demeure pas moins président du Conseil de Discernement et conseiller du Guide de la Révolution concernant la politique nationale.

Rafsandjâni occupera par la suite divers postes : représentant de Téhéran à l’Assemblée des Experts de décembre 2006 jusqu’à son élection à sa présidence le 4 septembre 2007 (qu’il perdra en mars 2011 face à l’ayatollâh Mohammad Rezâ Mahdavi-Kâni). Son soutien à l’opposition de 2009 lors de la réélection de Mahmoud Ahmadinejâd lui sera reproché : dès lors, ses relations avec le Guide de la Révolution se tendent. Sa candidature à l’élection présidentielle de 2013 est rejetée par le Conseil des Gardiens de la Constitution et il est battu à l’élection du Président de l’Assemblée des Experts de mars 2015 face à l’ayatollâh Mohammad Yazdi. Il mène la liste des modérés en février 2016 lors du renouvellement de l’Assemblée des Experts et triomphe en remportant 15 sièges sur 16 ; il n’est cependant pas élu à sa présidence comme beaucoup l’attendaient puisqu’il ne se présente pas et soutien l’ayatollâh Ibrahim Amini qui est battu par l’ultra-conservateur ayatollah Ahmad Djanati.

Rafsandjâni meurt le 8 janvier 2017 à l’hôpital de Tadjrish, terrassé par une crise cardiaque à l’âge de 82 ans. Il reste l’un des opposants les plus connus aux conservateurs et au Guide de la Révolution Ali Khâmenei, prônant plus de tolérance et une ouverture envers l’Occident, et figure parmi les grandes figures réformatrices de la politique iranienne avec Mohammad Khâtami et Hassan Rohani.

 

  • Mohammad Khâtami (1997-2005)

Mohammad Khâtami naît le 29 septembre 1943 à Ardakân, dans la province de Yazd, d’un père ayatollâh et seyyed ; il descend également par sa mère d’un célèbre professeur de droit religieux. Il entame des études de théologie à la faculté de Qom en 1961, avant d’obtenir une maîtrise de philosophie occidentale à l’université d’Ispahan. Une fois obtenu en 1970 un diplôme en sciences de l’éducation à l’université de Téhéran, il retourne au séminaire de Qom étudier l'idjtihad, l’étude et l’analyse des textes religieux en vue d’en tirer les principes directeurs.

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Mohammad Khatami photographié en 2007.

Il s’engage sous l’égide de Khomeyni en 1979 et mène une campagne contre le Shah avant de rejoindre Hambourg en 1980 où il dirige le Centre islamique. Il rentre en Iran la même année pour devenir député jusqu’en 1982, année où il entre en fonction comme directeur de l’institut Kayhan. Commandant des forces conjointes et directeur de la propagande de guerre pendant le conflit imposé par l’Irak, il est nommé ministre de la Culture et de l’Orientation islamique en 1982 ; il démissionnera en 1992 sous la pression des conservateurs qui le juge trop tolérant à l’encontre des non révolutionnaires. Il occupe alors le poste de directeur de la Bibliothèque nationale d’Iran entre 1992 et 1997. C’est également en 1992 que Rafsandjani le nomme conseiller culturel.

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Khatami photographié en 1985, alors ministre de la culture, en compagnie du Premier ministre Mir-Hossein Mousavi.

A la surprise générale, Khâtami est élu à la Présidence de la République le 23 mai 1997 avec 70 % des suffrages et est investi le 2 août. Il thématise sa campagne sur l’Etat de droit et la démocratisation, ainsi que la participation inspirée par le Général de Gaulle. Réélu le 8 juin 2001, il s’efforce de nouer durant ses deux mandats des liens solides avec de nombreux états en Europe et en Asie, position pour laquelle de nombreux pays occidentaux le considèrent comme le premier président réformateur en Iran. Prônant la tolérance et la liberté d’expression, Khatami ne parvient pas à relancer l’économie et à réformer les institutions, se heurtant à une opposition parlementaire plutôt conservatrice. Sa politique étrangère ouverte sur le monde et le dialogue n’empêchera pas le président américain George W. Bush de qualifier en 2002 l’Iran comme faisant partie de « l’axe du Mal » et de nier toute modération de la République islamique. Sa présidence s’achève le 3 août 2005, année où le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan le nomme au Haut Conseil pour l’Alliance des civilisations. Khâtami fut le premier à nommer une femme vice-présidente de la République islamique, Masoumeh Ebtekâr, en 1997 ; elle fut également ministre de l’Environnement.

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Masoumeh Ebtekar photographiée en 2015, première femme vice-présidente de la République islamique d’Iran.

Khâtami annonce sa candidature le 8 février 2009 pour l’élection présidentielle devant se dérouler la même année mais une tentative d’agression à son encontre a lieu le 10. Il choisit finalement de se retirer le 16 mars, soutenant l’ancien Premier ministre Mir Hossein Mousavi ; son retrait a pour but de ne pas disséminer les voies réformistes. Il soutiendra par la suite le soulèvement postélectoral lors de la réélection de Mahmoud Ahmadinejâd.

Mohammad Khâtami reçoit avec le philosophe Daryus Shayegan le Global Dialogue Prize en octobre 2009, l’un des prix les plus considérés dans la médiation interculturelle.

 

  • Mahmoud Ahmadinejâd (2005-2013)

Mahmoud Ahmadinejâd est né le 28 octobre 1956 à Garmsar, un village situé à 90 kilomètres au sud-est de Téhéran. Ses origines familiales sont très modestes et son nom de famille fut changé par son père afin de masquer leurs origines rurales lorsqu’il rejoignit Téhéran, poussé par l’exode rural fort important dans le courant des années 1960.

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Portrait de Mahmoud Ahmadinejâd.

Il côtoie dans sa jeunesse des membres du mahdisme, un courant sectaire fondée en 1953 et condamné par le clergé shî’ite pour hérésie. Revigoré dans les milieux populaires par les Hodjatieh, ce mouvement considère que les croyants doivent précipiter l’apocalypse pour hâter le retour du Mahdi, le XIIème Imâm. Plusieurs membres de cette école figureront plus tard parmi l’entourage proche de Mahmoud Ahmadinejâd lors de sa présidence. Le jeune Mahmoud déclare tomber sous le charme de l’ayatollâh Khomeyni en 1963, alors qu’il était âgé de sept ans.

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Portrait de Mahmoud Ahmadinejâd dans sa jeunesse.

Il poursuit sa scolarité à Téhéran et entre à l’université de science et de technologie de Elm-o Sanat en 1976. Dans son ouvrage La bombe et le Coran, paru en 2008 aux éditions du Moment, Michel Taubmann présente une biographie de Mahmoud Ahmadinejâd dans laquelle il décrit les sentiments du jeune étudiant : « En arrivant à Elm-o San'at, il a été révulsé par le spectacle de jeunes femmes habillées à l'occidentale, symbolisant selon l'expression qu'il utilise sur son blog « la débauche, la promiscuité, la perversité et la liberté des mœurs ». » Il précise également la conception politique qu’il est en train de développer : « L'étudiant Ahmadinejad ne se reconnaît ni dans les groupes gauchistes ni dans les Moudjahiddines du Peuple Iranien. La lutte des classes, même à la sauce islamiste, n'est pas sa tasse de thé. Lui, milite en faveur d'une conception stricte de la « foi islamique » la seule qui à ses yeux puisse créer un élan révolutionnaire. » Michel Taubmann poursuit sur les débuts révolutionnaires d’Ahmadinejâd, en 1978 : « Ahmadinejad participe à la fondation d'une association islamique des étudiants d'Elm-o Sanat. Peu après, celle-ci se coalise avec d'autres associations comme celles des Universités Téhéran, Polytechnique ou Aryamehr, rebaptisée Sharif après la révolution. Ensemble, elles fondent l'Organisation des associations islamiques [...] qui sera connue sous le nom d'OSU. Ahmadinejâd fait partie du Conseil central de cinq membres qui dirigent l'OSU. »

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La bombe et le Coran, paru aux éditions du Moment.

Il rejoint l’organisation de l’ayatollâh Mohammad Beheshti, le Bureau pour la Préservation de l’Unité, chargé d’établir un lien entre les séminaires et les universités. Il aurait selon certaines sources participé à l’élaboration de l’assaut étudiant contre l’ambassade américaine, bien que beaucoup d’incertitudes entourent son rôle exact pendant les événements révolutionnaires. Pourtant, d’anciens otages américains déclarent reconnaître Mahmoud Ahmadinejâd quelques jours après son élection en 2005 : sa présence au Bureau pour la Préservation de l’Unité et sa participation dans l’Association des Etudiants islamiques lui aurait permis en effet de jouer un rôle dans la planification de l’assaut de l’ambassade, mais aucune preuve, notamment une enquête de la CIA, n’étaye cette hypothèse ; seul son rôle dans la planification serait avérée.

Mahmoud Ahmadinejâd participe à la guerre imposée par l’Irak en qualité d’instructeur au sein des Basidj. Sa biographie officielle précise cependant son rôle actif comme combattant au front, notamment dans des unités de génie. Il se porte ensuite volontaire pour rejoindre les forces spéciales des Gardiens de la Révolution islamique, où il sera affecté dans la garnison de Ramazan, à proximité de Kermanshâh. Il obtient tout de même son doctorat en ingénierie des transports publics en 1987, décerné par l’université d’Elm-o San'at.

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Portrait de Mahmoud Ahmadinejâd lorsqu’il était étudiant.

Il est nommé à la fin de la décennie des années 1980 gouverneur des villes de Khoy et Mâkou, situées en Azerbaïdjân occidental ; occupant ce poste pendant quatre années, Ahmadinejâd est également conseiller du gouverneur général du Kurdistan durant deux années. Il est le premier gouverneur de la province d’Ardabil, nouvellement créée, poste qu’il cumule avec celui de conseiller au ministère de la Culture et de l’Orientation islamique. Tenant du titre de « meilleur gouverneur d’Iran » durant trois ans consécutifs, il s’engage dans le Ansâr-é Hezbollâh entre 1993 et 1997, année où l’arrivée au pouvoir des réformateurs et du nouveau président Khâtami coïncide avec son relèvement de fonction de gouverneur et son retour à l’université comme professeur de science et de technologie.

Profitant du fort mécontentement populaire vis-à-vis des réformes de Mohammad Khâtami, Mahmoud Ahmadinejâd est élu maire de Téhéran en 2003, poste à partir duquel il va construire sa réputation de conservateur, soutenu par la Coalition des Développeurs d’un Iran islamique (en persan, Etelâf-é abâdgarân-é irân-é eslâmi). Son courant politique prône l’éradication de la corruption et de l’influence occidentale présente dans la société iranienne. De plus, Ahmadinejâd s’est toujours présenté comme un homme menant une vie simple et frugale, demeurant dans un modeste appartement des quartiers populaires de Téhéran : cette image lui vaut une solide admiration parmi ces classes sociales qui ne s’est pas démentie.

Mahmoud Ahmadinejâd présente sa candidature lors des élections présidentielles du 24 juin 2005 : arrivé en seconde position lors du premier tour le 17 juin avec 19,4% des suffrages, il affronte l’ancien président Rafsandjâni arrivé en tête du premier tour avec 21,1% des suffrages. Mahmoud Ahmadinejâd est finalement élu au second tour avec 61,69% des voix et prend officiellement ses fonctions le 3 août.

Du point de vue économique, sa présidence est critiquée puisqu’elle vit l’augmentation des dépenses publiques de 27% par rapport au budget précédent de 2005-2006. Sa proposition de budget s’appuyait sur des prévisions de revenus pétroliers basés sur les prix en dollar du baril à l’exportation, dont le budget national dépendait à plus de 70%. Les conséquences de sa politique d’injection massive de devises dans l’économie iranienne conduisit à une inflation de 30% au courant de l’année 2008.

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Portrait officiel du président américain George W. Bush en 2003.

Le président américain George W. Bush déclare lors de son discours sur l’état de l’Union du 1er février 2006 que le pouvoir iranien est une « petite élite cléricale qui isole et opprime son peuple », ce à quoi le président Ahmadinejâd répondit : « Dans un avenir proche, nous allons vous juger devant le tribunal des peuples. [...] ceux qui ont jusqu'aux coudes les mains dans le sang des peuples, qui sont impliqués partout où il y a des guerres et l'oppression, qui déclenchent des guerres en Asie et en Afrique, qui tuent des gens par millions. [...] Vous qui soutenez les crimes du régime fantoche sioniste, vous qui soutenez la destruction des maisons des Palestiniens, (...) vous n'êtes pas qualifiés pour parler des droits de l'Homme et des libertés». Ahmadinejad envoie le 8 mai 2006 une lettre adressée au président américain, à laquelle ce dernier ne répondra pas, la jugeant trop « philosophique ». De plus, le 29 août 2006, il invite le président américain à un débat télévisé traitant du programme nucléaire iranien, invitation qui sera elle aussi déclinée par George W. Bush.

Mahmoud Ahmadinejâd est réélu en 2009 pour un second mandat. Cette réélection est contestée et des manifestations éclatent dans les grandes villes du pays, dont l’électorat est majoritairement modéré. Il faut cependant préciser qu’il dispose d’un fort appui électoral en dehors des grandes agglomérations, ce qui lui permet de se maintenir à la tête du pays. C’est cette même année qu’il nomme une femme au poste de ministre de la Santé : Marzieh Vahid Dastjerdi.

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Marzieh Vahid Dastjerdi photographiée en 2016.

Ayant quitté ses fonctions à la présidence de la République islamique d’Iran le 3 août 2013, Mahmoud Ahmadinejâd reçoit l’interdiction du Guide de la Révolution Ali Khamenei de se porter candidat à l’élection présidentielle de 2017. Après une annonce de non-candidature en octobre 2016, il dépose finalement un dossier qui sera rejeté par le Conseil des Gardiens de la Constitution en avril 2017.

 

  • Hassan Rohâni (2013 – 2021)

Hassan Rohâni est né le 12 novembre 1948 à Sorkheh, ville situé à proximité de Semnan, à l’est de Téhéran. Il entame ses études au séminaire de Semnan en 1960 avant de rejoindre celui de Qom l’année suivante. Il obtient en 1972 une maîtrise de droit à l’université de Téhéran qu’il rejoignit en 1969, avant de poursuivre ses études à l’université de Glasgow, en Ecosse, où il obtint un doctorat en droit constitutionnel. Revenu en Iran, il choisit de suivre l’ayatollâh Khomeyni dès les prémices de la Révolution, période au cours de laquelle prend naissance son engagement politique. Il est élu député au Madjles en 1980 ; il le restera pendant vingt ans, siégeant comme vice-président de l’Assemblée entre 1992 et 2000.

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Portrait de Hassan Rohâni.

Membre du Conseil suprême de défense entre 1982 et 1988 et chef de son Comité exécutif de 1986 à 1988, durant la guerre Iran-Irak, Hassan Rohâni fut le commandant des Forces aériennes entre 1986 et 1991. Occupant divers postes, comme celui de secrétaire général du Conseil suprême de sécurité nationale entre 1989 et 2005, il est également membre du Conseil de Discernement de l'Intérêt supérieur du Régime depuis 1991 et de l’Assemblée des Experts depuis 2000. Mais il est surtout connu des Occidentaux pour avoir été le négociateur en chef des premières négociations sur le dossier du nucléaire iranien, d’octobre 2003 jusqu’en août 2005. Il acceptera les propositions formulées par la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni concernant la suspension de l’enrichissement d’uranium afin de prouver aux puissances occidentales la non-recherche de l’armement atomique par l’Iran. Nombreux seront alors les conservateurs qui le critiqueront, devenant leur nouvelle cible accusée d’avoir cédé aux Occidentaux. Le futur ministre des Affaires étrangères Mohammad Djavâd Zarif, qui était alors le collaborateur de Hassan Rohâni, est envoyé renégocier un accord, demande finalement refusée par les Européens.

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Mohammad Djavâd Zarif

Hassan Rohâni fut également l’une des grandes voix dénonçant la réponse des institutions face aux contestations de la réélection de Mahmoud Ahmadinejâd en 2009.

Il se présente à l’élection présidentielle de juin 2013, fédérant les camps modérés et réformateurs et bénéficiant du soutien des anciens présidents Rafsandjani et Khâtami. De plus, le candidat réformateur Mohammad Reza Aref se retire pour le soutenir. Son élection le 14 juin 2013 créé la surprise, remportant 50,71 % des suffrages, écrasant de la sorte ses cinq adversaires. L’Iran change dès lors sa position officielle et se dispose à négocier un accord concernant ses activités nucléaires : le président américain Barack Obama et Hassan Rohâni échangent une conversation téléphonique en septembre 2013 et le président iranien annonce le 24 novembre 2013 la possibilité d’une cessation du programme nucléaire iranien en échange d’une levée progressive des sanctions américaines. Cet accord est finalement trouvé en novembre entre les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France, la Chine, la Russie et l’Allemagne (le groupe dénommé « 5+1 ») et l’Iran. Les Occidentaux s’engagent alors à retirer la plupart des sanctions.

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Elham Aminzadeh

Hassan Rohâni encouragea la féminisation du gouvernement en nommant Elhâm Aminzâdeh vice-présidente en charge des Affaires juridiques et des relations avec le Parlement et Marzieh Afkham porte-parole de la diplomatie iranienne. Il ne crée pourtant pas le ministère de la Femme, contrairement à sa promesse de campagne.

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Marzieh Afkham

Il choisit de se représenter à l’élection présidentielle du 19 mai 2017 ; réélu avec 57% des suffrages, il est investi pour son second mandat le 5 août. A la fin de cette même année, Rohâni doit faire face à des manifestations dénonçant la corruption et l’inflation.

Hassan Rohani est toujours en fonction ; son mandat doit prendre fin en juin 2021.

 

 

La République islamique d’Iran - Deuxième partie : La Constitution et les institutions de la République islamique d’Iran